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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 11:12

Le Berry s'enorgueillit d'abriter une des cathédrales majeures de France, celle de Bourges.

Grâce à une organisation sans faille mise en place par Gérard Millet et son épouse que nous avons découvert le village de La Borne (18), ses potiers et son site majeur, la Cathédrale de Jean Linard.

Il était important en premier lieu de se mettre les « pieds dans la terre ». Ce contact se fit au centre de céramique contemporaine de La Borne. Créé pour permettre d'offrir aux nombreux potiers locaux un lieu d'exposition et de communication, ce bâtiment moderne et clair offre des plateaux vastes et une exposition aérée des créations locales.

Sous la houlette d'une guide elle-même épouse de potier, nous découvrirons particulièrement les oeuvres des deux artistes invités ainsi que l'exposition générale.

Oeuvre de Julie Loaec

Oeuvre de Julie Loaec

Insatisfaite de ses productions tournées, Julie Loaec utilise la céramique comme le carton, support de dessins sur le milieu urbain, l'agrémente d'une antenne ici, la torture un peu, y ouvre une porte ou une fenêtre, la colore dans une gamme de rouge et de noir. Cette jeune artiste bretonne affirme un style radicalement différent du reste des œuvres exposées ici.

Deux réalisations majeures de Seung-Ho Yang
Deux réalisations majeures de Seung-Ho Yang

Deux réalisations majeures de Seung-Ho Yang

A l'opposé, Seung-Ho Yang est un maître coréen dont la cote est très haute : écoutons Gérard Millet en parler.

Sheungho Yang est un petit homme, assez maigre à la chevelure hirsute. Je dirai, un homme des bois. Il s’exprime dans un très mauvais français, même s’il aime la France au point d’y vivre 6 mois par an à Montigny dans le Cher. Sa femme est une danseuse Naori. Il préfère parler en coréen ou en anglais. Maintenant qu’il est artiste reconnu, il passe les 6 autres mois de l’année en Corée où il développe des projets artistiques auprès des jeunes notamment. Comme il le dit « vingt cinq ans après j’accepte et ma famille accepte mon métier « de hobby » !

Né près de la mer jaune, entre Chine et Corée, dans un lieu très isolé, Seungho Yang est un homme issu de la paysannerie maritime (les liaisons se faisaient par bateaux et l’école était dans les terres à 4 km de la maison de ses parents).

Très petit, il façonnait des bateaux avec des bougies puis en grandissant, il rêve de devenir décorateur pour le cinéma.

Il a eu une vie difficile dans son enfance, mais ses parents ont œuvré pour qu’il étudie. Pour manger, il fait des petits travaux après l’école, notamment il vend des journaux. Il ira en pension au collège. Au lycée il est solitaire car désargenté. Il fait alors l’expérience de la pauvreté face à la richesse. Ses parents vendent même une vache pour payer son entrée à l’Université. Là, il découvre l’atelier de création. Il en fait son lieu de vie, y dormant peu (sous le regard bienveillant de ses maîtres) car travaillant la terre la nuit.

En Corée, on favorise le paysan (satisfaction des premiers besoins) Être artiste, ce n’est pas une profession, juste un hobby. Selon son expression, il choisit alors la profession de hobby. La famille accepte difficilement cette situation. Il va alors encore plus travailler, ne dormant que trois nuits par semaine.

En 1981, la télévision anglaise fait un reportage dans sa région. Ses travaux sont remarqués et il arrive en Angleterre. Il reçoit alors des bourses du gouvernement pour vivre et travailler. Ses productions « alimentaires » se vendent bien mais ses productions expérimentales sont difficiles à vendre. C’est un véritable choc culturel qu’il vit car en Corée, l’artiste est celui qui innove, qui cherche du nouveau. Pas en Angleterre. Il arrête la production commerciale et vit une crise profonde. Il casse toutes ses productions, jette au sol la terre encore humide et sort. Quand il revient quelque temps après, il découvre que la terre a craquelé sous l’effet de la poussière qui a collé sur la terre mouillée. C’est la découverte du craquellement. Il reprend donc son travail pour reproduire et consolider ce phénomène naturel. Un seul mot le guide alors : travail, travail, travail… Il est très touché par ses productions. Vous observerez dans l’exposition les effets obtenus.

En 1983, au cours d’un voyage, il découvre la Borne et sa vie un « peu primitive », « relaxe » qui évoque le village de son enfance et la Corée, avec le chauffage au bois. Il y retrouve le sens de l’instinct, vivant en communion avec la nature. Il cherche à manger dans cette nature, n’achetant selon son expression « que le riz et le sel ». Il s’installe à la Borne et crée son premier four couché sur le lieu où travaille maintenant l’artiste Brigitte Marionnaud. Deux ans plus tard, invité en Suisse, il y construit un second four, dans les montagnes de l’Emmenthal.

En 1984, il propose sa première exposition personnelle : « Nature et énergie ».

Il revient en France sans totalement délaisser la Suisse dont il dit avec le sourire énigmatique de l’oriental qu’elle «paie bien » car s’il gagne de l’argent en Suisse, il se sent plus libre en France. Il critique avec humour nos voisins helvètes, ce pays où, s’il tombe un grain de poussière, on nettoie tout le pays.

En 1986-87, il vend toutes ses productions lors d’exposition en Allemagne. C’est une vie internationale qui commence mais aussi un retour en Corée. Il engage alors une profonde réflexion philosophique sur le sens de la vie.

Naît alors un projet fou : retrouver l’esprit de la nature et matérialiser son énergie invisible avec la terre, la musique, la danse… Il cherche à communiquer avec les gens en unissant matériaux et énergie, se lance dans la sauvegarde des arbres, propose des installations dans la nature…

C’est dans cette perspective que se situe l’exposition à la Borne.

Chez les Filles

Chez les Filles

Après avoir parcouru les différents plateaux et découvert un grand four Anagama destiné à la cuisson au bois, après avoir dévalisé la boutique du centre, nous sommes invités à nous restaurer « Chez les Filles ».

Bistrot sympathique, restauration simple et savoureuse nous mettent en forme pour l'après-midi.

Notre demi-groupe commencera par la cathédrale de Jean Linard. Sis sur la commune de Neuvy les Deux Clochers dans une ancienne carrière de silex, c'est l'oeuvre majeure de Jean Linard, artiste et potier génial.

La biographie de cet homme passionnant est disponible sur le lien suivant :

http://cathedrale-linard.com/index.php/fr/biographie

http://jeanlinard-patrimoine.regioncentre.fr

Nous commençons la visite par les maisons que Linard a construites (sans permis) à base de matériaux de récupération et de sueur, maisonnettes simples puis plus ambitieuses avec un pigeonnier, un porche, puis ambitieuse avec la Tour Rocard composée de briques, issues de la démolition d'un gros four, et offertes par le père de Michel Rocard. Les toits de vieilles tuiles sont agrémentés de personnages, de cheminées de chats-pots de fleurs et offrent un charme indéniable. C'est un lieu où l'on se sent à l'aise comme l'attestent les nombreuses bouteilles qui décorent les statues alentour

Les maisons
Les maisons

Les maisons

On accède à la cathédrale par un proche évoquant le calvaire et ses trois croix (dont une à l'envers, elle ne tenait pas dans l'autre sens....) on découvre alors un ensemble de protique triangulaires, d'allées, de cascades recouverts de mosaïques dont le tesselles sont de production de l'artiste et plus encore des récupérations. Ce lieu évoque une cathédrale sans en être une, ou alors celle de la nature puisque les arbres en sont aussi les piliers. De nombreux noms sont inscrits, mélangeant la famille, les saints, les évangélistes ou Nelson Mandela.....Une atmosphère étrange règne ici, on peut appeler cela un charme ou un mysticisme décontracté.

L'association qui entretient ce lieu n'en est pas propriétaire, d'où des difficultés à opérer certaines opérations de sauvegarde, bien nécessaires car les mosaïques tendent à se décoller de leur support. Ce monument historique classé est en danger !

La cathédrale
La cathédrale
La cathédrale
La cathédrale

La cathédrale

L'atelier de David Louveau de La Guigneraye est notre prochaine étape

http://david-louveau.com

L'homme qui nous accueille revendique que sa fonction dans la vie est celle de potier et qu'il le restera jusqu'à la fin. Il nous parle de son parcours de la Nouvelle-Calédonie au Berry en passant par le Québec et de l'enfant sans discipline à l'artiste féru de discipline. Un petit reportage d'Arte donne un résumé de l'homme et de son travail.

Sa philosophie l'entraîne vers l'abandon du four anagama classique, trop polluant, il construira un nouveau four à bois à recyclage de gaz, plus économe et plus respectueux de la nature alentour. Découvrez le dans cette vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=buzbWJgtrRc

David nous fera déguster un thé japonais en nous démontrant sa maîtrise du tour. C'est ainsi que nous pourrons prendre la route de Riom avec un stock de souvenirs qui ne sont pas près de s'effacer ! Encore merci à Gérard Millet et à son épouse.

Escapade berrichone
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